Monday, July 5, 2010

Choir - Des mots de l’autofictif

C’est un carnaval sombre, une farce grotesque, un enfer sans logique. Et on adore s’y replonger.

Il me restait quelques lecteurs, qui ont lu Choir puis qui se sont pendus.

Choir, dernier livre d’Eric Chevillard, convie son lecteur au voyage dans des terres ardues: celles de l’île de Choir, inhospitalières au point que même la mort ne veut pas y mettre les pieds, et celles de la Littérature, celle qui s’écrit avec un grand L et laisse pas mal de lecteurs sur le carreau.

– Vos livres sont assommants, me dit-il.

Moi, je songeai : hélas, pas assez, pas assez.

Mais Eric Chevillard, pour moi, c’est d’abord un blogueur. L’auteur derrière L’autofictif, seul blog littéraire que je lis (je n’en connais pas d’autre). Chaque matin, trois petits pains au lait m’y attendent: aphorisme géniaux, phrases lapidaires ou lapidées, pensées torturées, moments de vérité, monuments d’absurdité.

Échec et mat ! s’écrie-t-il, et il est persuadé d’avoir remporté la partie alors que mon fou dans son dos, après avoir lacéré son Kandinsky, est en train de manger son chat.

Eric Chevillard joue avec les mots, et manifestement ils adorent ça. Il joue aussi avec son personnage d’écrivain torturé à l’égo boursouflé, tirant sur des fils comiques quasi-inépuisables.

Écrivains, mes amis, vous pourriez avoir la correction de rempocher vos stylos quand j’écris.

Surtout, il a le génie de faire naître en une phrase une situation, un contexte, une histoire.

Le veuf parle : et dire qu’il m’est arrivé de regarder par la fenêtre alors qu’elle cousait au salon !

Et un jour, à force de lire son blog chaque matin, on croise son livre dans une librairie, et on l’achète. Et on plonge, sur 271 pages, dans un univers en noir et gris. Une longue description, très peu d’histoire. Choir n’est pas un roman, c’est un livre qu’on lit gratuitement, pour la beauté de ses phrases, pour la musique de ses mots, et pas parce qu’on s’attache aux personnages ou parce que l’intrigue nous entraine.

Choir bénéficie d’un excellent bouche à oreille : les dents arrachent les lobes.

Parfois, c’est trop. Trop de noirceur et trop de génie d’un coup. On pose le livre. On digère. Et inéluctablement, on y revient.

Que faire de lui ? Son venin est aussi une telle nacre.

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